De l’auto-organisation au temps du projet.
Autour de Jean-Pierre Dupuy – Colloque de Cerisy

Au début de l’été 2007, une pléiade d’universitaires et de chercheurs venus des horizons les plus divers, anciens compagnons de route ou nouveaux partenaires de travail de Jean-Pierre Dupuy, se sont réunis autour de lui, à Cerisy-la-Salle, pour un grand colloque intitulé « De l’auto-organisation au temps du projet ».

Pendant une semaine tout entière, ce fut un fascinant ballet intellectuel, au cours duquel les mathématiques côtoyaient la littérature ou le cinéma, la psychiatrie rencontrait la théorie des jeux ou l’écologie, l’économie se frottait à la philosophie ou à l’anthropologie. Il ne s’agissait pas seulement de rendre hommage à un polytechnicien mariant avec bonheur l’esprit de géométrie avec l’esprit de finesse, mais d’illustrer, par l’exemple, la fécondité d’une méthode — la recherche d’isomorphismes —, et le rôle fédérateur d’un concept — celui de point fixe endogène —, de montrer leur capacité à déceler et analyser des liens subtils entre des objets, arbitrairement séparés par les cloisonnements disciplinaires, mais dotés de propriétés communes.

Pour permettre à ceux qui ont pris part à cette belle fête de l’intelligence d’en conserver une trace vivante, et à tous les autres, d’en avoir des échos substantiels, les Éditions Carnets Nord ont choisi de publier les actes du colloque sous deux formes complémentaires. Un livre, Jean Pierre Dupuy - Dans l’œil du cyclone, qui, regroupant treize essais et une postface de Jean-Pierre Dupuy, donne une vue synthétique, tout à la fois de la diversité des thèmes abordés par Dupuy et de l’unité de la pensée qui les traverse et les met en résonance. Un site électronique, réunissant ici même, pour compléter le livre, le texte ou l’enregistrement oral de toutes les autres communications (excepté quelques-unes dont l’enregistrement est défectueux), ainsi que de larges extraits des débats auxquels elles ont donné lieu.

Pour rendre leur consultation plus aisée, les communications et débats ont été regroupés autour de quelques grands thèmes, qui, pour diverses raisons, s’étaient trouvés entrelacés au cours du colloque, et dont nous croyons opportun de faire plutôt ressortir ici la relative spécificité.

Quatre grands thèmes se sont d’eux-mêmes imposés :

  1. Le problème politique des risques écologiques, de la décroissance ou du développement durable.
  2. Le problème éthique du mal et de la justice dans les situations de crise ou de catastrophe.
  3. Le problème épistémologique de l’auto-transcendance et de l’émergence, auquel on a rattaché la question des rapports de la technique moderne et du sacré.
  4. Le problème philosophique de la temporalité, du paradoxe de Newcomb au temps du projet, en passant par l’aporie de Diodore Cronos.

Une cinquième rubrique rassemble, en quelque sorte, trois portraits originaux et complémentaires de Jean-Pierre Dupuy. Le premier est issu du questionnement admiratif d’un philosophe qui porte un regard, à la fois chaleureux et critique, sur l’ensemble de ses travaux ; le deuxième, de l’analyse d’un film de Hitchcock, tenu, par Dupuy lui-même, pour la source et le modèle réduit de toute son œuvre ; le dernier, d’un témoignage de l’intéressé sur deux expériences qui l’ont placé personnellement dans l’œil du cyclone, et inscrit dans sa chair des figures abstraites qui lui étaient déjà familières, mais dont il n’avait jamais, jusque là, éprouvé aussi intimement la puissance.

Dans chacune de ces rubriques, on s’est efforcé de ranger les contributions dans un ordre aussi rationnel que possible, ou, en tout cas, moins arbitraire que celui de l’alphabet. Bien entendu, d’autres sériations, comme d’autres regroupements, eussent été possibles. Mais, il fallait faire un choix.

On trouvera, enfin, dans chacune de ces rubriques, les titres des chapitres du livre issu du colloque, suivis d’extraits des débats oraux auxquels les conférences originales ont pu donner lieu.

Lucien Scubla